Archive pour Canada

Voile de discorde

Je serais toujours étonné de voir à quel point un simple morceau de tissu puisse déchaîner autant de passions. Actuellement c’est cette histoire de vote a visage couvert autorisée par le fédéral. Malgré la confusion due au manque de tact des médias face à un sujet, comme nous l’ont démontré les derniers mois, si sensible, il faut approcher la situation le plus rationellement et froidement possible.

D’abord, ici nous parlons de nikab, de burka et non pas de hijab ou de khimar, la différence est de taille, et ce dans tous les sens du terme. Déjà sur le plan islamique le nikab et la burka, sont loin, mais très loin de faire l’unanimité. Le port de telles tenues résulte d’une interprétation ultra-rigoriste du Coran, voire même tribale. Cependant, la question qui nous intéresse ici n’est pas de savoir si le port de tels accoutrements est tolérable ou acceptable. Non seulement, je considère que chacun à la liberté de porter ce qu’il souhaite et ce serait présomptueux de notre part de leur dicter un uniforme, mais également il faut éviter de faire dévier le débat vers les pleurnicheries féministes et les conflits de civilisations. 

Lorsqu’il y a vote, l’essentiel est d’assurer le respect des règles démocratiques, cela va de soi. C’est là tout le mandat du directeur des élections. Une fois ce simple constat établi, on en vient au vote des femmes intégralement voilées. Au nom d’une religion peuvent-elles contourner des lois qui encadrent le plus sacré des exercices citoyens et s’élever au-delà de l’égalité citoyenne ? Leur permettre de voter à visage couvert est une injustice qu’il convient de dénoncer. 

 Seulement, je me trouve dégoûté par l’opportunisme médiatique et politique, de Martineau à Dumont, qui consiste à multiplier le potentiel de tension de chaque situation pour casser du sucre sur le dos des immigrés qui finissent par être désignés comme la cause de tous les maux, comme le principal problème.

Ce qui déçoit dans tout ça c’est l’absence d’intervenants modérés ; si l’on se fie uniquement aux médias, il n’existe que deux attitudes. Soit celle de condamner continuellement tous les accomodements et celle qui consiste à toujours plier devant les demandes des immigrés.

Faut dire que ça fait de plus jolis débats, plus faciles à comprendre et qui rapportent plus en cotes d’écoutes…

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Irak et Afghanistan, une différence ?

Je ne suis pas du genre à faire des amalgames ou encore à analyser deux situations différentes sur la base d’un même barême. En fait, peu de choses lient ces deux pays. Sauf l’Islam, et là encore, il est difficile de leur trouver des points communs. En fait ce qu’ils partagent avant tout c’est une situation politique peu enviable composée de trois principaux éléments : un régime militaire anglo-saxon, un gouvernement fantoche et une guerre civile.

Alors que peu de Canadiens adhèrent au bien-fondé de la guerre en Irak, plusieurs de ceux qui reprochent au peuple étasunien d’être tombé dans le piège de la propagande militaire US tombent dans le même piège ici. Beaucoup de Canadiens, et même de Québécois, voient l’occupation de l’Afghanistan comme une bonne oeuvre. Et les raisons sont multiples et toutes aussi ridicules les unes que les autres. Il y a celle de la lutte anti-terroriste brandie par ceux qui croient que notre présence en Afghanistan protège notre freedom de la barbarie, qu’ainsi aucun avion ne percutera la CN Tower ou que nos petites têtes blondes ne seront pas enlevées, violées et froidement égorgés. Il y a également l’argument humanitaire, comme quoi “we’re making a difference”. Ces gens là devraient écouter ce que les délégués de la Revolutionary Association of the Women of Afghanistan, organisation afghane de résistance féministe, ont à dire sur la situation des femmes et de leurs droits depuis le renversement des Talibans. De plus quel peuple peut apprécier l’état de siège, d’être la cible éventuelle d’un dommage collatéral (sic), de voir les siens arrêtés ou exécutés sur la base de soupçons ou simplement de se faire confisquer sa dignité ? J’ai de la difficulté à croire la sincérité de cet altruisme qui consiste à civiliser par le feu et libérer par le fer. Pourquoi l’Afghanistan, vers lequel on ne s’est jamais tourné lorsqu’une sécheresse s’est abattue sur le pays au milieu des années 1990, a tout d’un coup besoin de notre aide ? Pourquoi pas le Swaziland, la Birmanie ou le Kirghizistan, tous trois dans une situation politique et humanitaire des plus alarmantes.

La seule raison que je puisse comprendre est en fait la même que celle justifiant l’invasion de l’Irak. Le pétrole ! Je sais qu’il n’y a pas de pétrole en Afghanistan. Cependant sa situation géographique stratégique permet d’y faire passer un oléoduc qui fera transiter le pétrole azerbaïdjanais à travers toute l’Asie centrale sans avoir à le faire passer par la Russie. Ce n’est sans doute pas un hasard si le président afghan Hamid Karzaï est un ancien cadre de l’entreprise pétrolière Unocal. Et actuellement la présence de nos militaires canadiens visent à prendre le contrôle de zones qui seront traversées par l’oléoduc. Mais oui, je peux comprendre, même si je m’y oppose, que l’on envahisse un pays pour son pétrole, pour lui voler ses ressources naturelles, ça je le conçois très bien. D’ailleurs l’écrasante majorité des guerres modernes sont motivées par ce type d’objectifs, et c’est pourquoi je revendique mon pacifisme et mon aversion pour la guerre. Il est difficile de l’expliquer rationellement, seulement, conformément à mes valeurs et principes, il m’apparaît immoral de tuer des civils, des hommes, des femmes et des enfants pour s’enrichir et asservir. Au moins si les pro-guerre avaient l’honnêteté de reconnaître ce qui motive leurs positions, on pourrait commencer à discuter…

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